Remue-méninges
- Presse-Papiers organise chaque mois une rencontre à Aix-en-Provence ou à Marseille. C'est l'occasion de tisser des liens entre professionnels et de discuter de thèmes propres à notre métier.
La formation
Suivre une formation figurerait-il parmi les bonnes résolutions 2008 d'un grand nombre de journalistes ? Une vingtaine d'entre eux se sont en tout cas retrouvés ce jeudi 10 janvier aux Danaïdes pour débattre du sujet ou simplement s'en informer. Voici le « topo » que Presse-Papiers avait préparé pour l’occasion.
Un droit pour les pigistes
Le thème est d’actualité : une pétition circule pour que l’accord sur le droit à la formation des journalistes pigistes, négocié et signé par 5 organisations syndicales de journalistes (SNJ,SNJ-CGT,USJ-CFDT,SJ-FO et SJ-CFTC) soit paraphé par les représentants patronaux avec lesquels il a été longuement élaboré. Mais après avoir tergiversé durant des mois, et malgré un accord oral sur ce texte donné depuis des semaines, la FNPF (Fédération nationale de la presse française) conditionne aujourd'hui la signature de cet accord à celle d'un second texte portant sur divers droits sociaux des journalistes pigistes dans l'entreprise. Les retardataires qui n’auraient toujours pas signé la pétition peuvent se rattraper en cliquant ici : http://www.lapetition.com/sign1.cfm?numero=1408
La formation est un droit des salariés, donc un droit des journalistes pigistes.« Nous cotisons tous indirectement pour la formation, précise Martine Rossard, membre du pôle pigistes du SNJ, sur le forum de discussions "Piges". Il s'agit d'une obligation légale pour tout employeur : 1,6 % de la masse salariale couvrant le plan de formation de l'entreprise, le congé individuel de formation (CIF), le tout nouveau droit individuel à la formation (DIF) et période de professionnalisation ».
Une nécessité pour tous
Avec la montée en puissance des journaux en ligne, le métier évolue : le besoin d'apprendre de nouvelles techniques pour ajouter d'autres cordes à son arc, afin de rester compétitif en devenant "plurimédia", se fait ressentir pour certains.
Après plusieurs années d'exercice, on peut également avoir envie de "toiletter" son style ou réviser certaines pratiques. « Dans notre métier, je pense qu'il est indispensable de se former régulièrement, sur le terrain ou en stage de formation. Ces stages permettent à la fois d'évaluer ses propres connaissances, de secouer un peu les certitudes qui mènent à la routine et au manque de créativité, d'acquérir de nouvelles compétences (à condition de pratiquer intensément dès la fin du stage) et de rencontrer d'autres stagiaires, ce qui permet d'enrichir son réseau. Je crois qu'il n'y a que des atouts », témoigne une pigiste. Pour ce faire, plusieurs écoles de journalisme proposent des sessions de formation continue dans toutes les disciplines.
Des financements possibles
Pour les pigistes réguliers, la première voie à creuser pour effectuer une formation est de la demander directement à son employeur principal, en s'adressant au service des ressources humaines par exemple. En qualité de journaliste pigiste rémunéré en salaire, il faut essayer de faire passer la demande de formation dans le plan de formation de l'entreprise. Le montant de l'obligation de formation est calculée pour chaque entreprise par rapport à sa masse salariale dont font partie les pigistes. « Demandez aux élus du CE ou aux délégués du personnel, s'ils existent, de vérifier que les piges sont bien intégrées dans la masse salariale. Et qu'ils rappellent à l'employeur que tous les salariés doivent pouvoir faire une demande de formation, conseille Martine Rossard. Bien sûr, au final, c'est l'employeur qui décide. Mais une demande bien motivée et appuyée par le rédacteur en chef peut aboutir, même pour un pigiste. »
Bon à savoir : le salaire est censé être maintenu pendant la formation ! Pour en calculer le montant, le SNJ préconise de multiplier le nombre d'heures de formation par le salaire horaire moyen ou le salaire horaire minimum d'un journaliste permanent de l'entreprise.
Autre moyen pour financer sa formation : demander un congé individuel de formation (CIF) auprès de Mediafor, l'organisme qui collecte et redistribue les cotisations "formation" prélevées sur les salaires de la filière presse.
Ce financement couvre non seulement les frais pédagogiques mais aussi les frais annexes inhérents à la formation (trajets, hébergements...), ainsi que la prise en charge du salaire pendant la formation sous réserve d'avoir obtenu une autorisation d'absence du ou des employeur(s). Il suffit de justifier de deux ans d'activité salariée.
«La quasi-totalité des dossiers présentés par des journalistes rémunérés à la pige, sont acceptés avec la prise en charge du coût de la formation (les fameux coûts pédagogiques), rapporte un membre de la commission CIF Médiafor sur le forum "Piges". Nous avons les plus grandes difficultés sur le plan de la rémunération puisque les employeurs rechignent à signer l'autorisation d'absence. Attention, tout dossier de demande de prise en charge d'un CIF doit être complet, motivé pour permettre sa prise en charge. De nombreux dossiers se voient rejetés quand la lettre de motivation n'est pas suffisamment convaincante ou le projet de formation trop flou... »
Des formations de trois jours sont souvent difficiles à faire prendre en charge dans le cadre des CIF Médiafor. Compte tenu des enveloppes budgétaires de financement toujours insuffisantes pour répondre positivement à l'ensemble des dossiers présentés, ce sont les formations longues avec un dossier particulièrement bien motivé (projet professionnel, intérêt de la formation suivie, etc.) qui sont privilégiées. « En cas de refus au premier examen, le salarié peut représenter sa demande en réargumentant. A défaut de prise en charge du salaire, la prise en charge des frais pédagogiques est, selon nos représentants SNJ à Mediafor, quasi systématique sauf formation abusivement onéreuse ou fantaisiste», ajoute Martine Rossard.
Le dossier complété par le postulant doit parvenir à Mediafor plus de trois mois avant le début de la formation pour pouvoir être pris en compte. En audiovisuel, la démarche est identique auprès d'un autre organisme : l'Afdas. « L'acceptation du dossier dépend de plusieurs critères, malheureusement très souvent imprévisibles : la période de l'année (plus de budget en début), le nombre de dossiers traités par commission, les dossiers prioritaires par commission, la logique du parcours... » raconte une journaliste qui suit actuellement la formation de 4 mois « Intensive JRI » au CFPJ.
Attention : Les inscriptions aux formations se font souvent 6 mois à l'avance. Bien regarder les dates sur les catalogues car certaines n'ont lieu qu'une à deux fois par an.
Autres pistes à explorer
De nombreux organismes peuvent intervenir pour financer des projets de formation : l'Anpe, l'Apec ou l'Assedic pour les demandeurs d'emploi, les collectivités locales (Conseils régionaux, généraux et municipalités), l'Agefiph pour les travailleurs handicapés… Pour trouver des ressources sur le financement de la formation vous pouvez recourir aux services du CARIF de votre région (http://www.intercarif.org).
Enfin, une voix souvent ignorée, pourtant intéressante en terme de montant d'aide alloué : les organismes de retraite complémentaire. A tenter donc, si tout le reste a échoué.